Quelques réflexions sur le monnayage des satrapes hécatomnides de Carie more

in T. Hackens, G. Moucharte et al. (eds), Actes du 11e Congrès International de Numismatique (Louvain-la-Neuve, 1993 [1994]), I, p. 237-42.

ACfESdu XIe Congrès International de Numismatique organisé à l'occasion du 150e anniversaire de la Société Royale de Numismatique de Belgique Bruxelles, 8-13 septembre 1991 publiés avec le soutien financier de la Commission Internationale de Numismatique, de l'Associarion Internationale des Numismates Professionnels et de la Société Royale de Numismatique de Belgique PROCEEDINGS of the XIth International Numismatic Congress organized for the 150th anniversary ofthe Société Royale de Numismatique de Belgique Brussels, September 8th-13th 1991 published with /1nancial hdp of the International Numismatic Commission, [he International A~socia[ion ofProfessional Numismatisrs and the Société Royale de Numismatique de Bdgique me EXTRAIT DU VOLUME 1 édités par le - edîted by Séminaire de Numismatique Marcel Hoc sous la direcrion de - under [he direction of Tony HACKENS Ghislaine MOUCHARTE avec la collaboration de - with the collaboration of Catherine COURTOIS, Harry DEWIT, Véronique VAN DRIESSCHE Louvain-la-Neuve, 1993 KorayKONUK 237 Quelques réflexions sur le monnayage des satrapes hécatomnides de Carie Koray KONUK* Bien peu d'études ont été publiées sur le monnayage des satrapes hécatomnides de Carie. Avec sa soixantaine de monnaies hécatomnides, le Traité diE. Babelon 1 reste toujours à l'heure actuelle la publication qui en rassemble le plus grand nombre. Pourtant, ces monnaies ne sont pas dénuées d'intérêt, loin s'en faut. D'abord, ce monnayage constitue l'un des rares points d'ancrage chronologique dont nous disposons pour le IVe siècle 2, et ce, pour l'ensemble des ateliers de rAsie Mineure occidentale. Ensuite, le poids des monnaies hécatomnides permet de suivre pas à pas et d'analyser les flucruations pondérales de plusieurs étalons dont le rhodien (chiote)3, qui fut le plus utilisé par les ateliers des îles et de la côte égéenne de l'Anatolie durant le IVe siècle. Ainsi, à l'intérieur des dates de règne des cinq membres de la dynastie connues avec précision grâce aux sources littéraires: Hécatomnos (392/1-377/6), Mausole (377/6-353/2), Idrieus (351/0344/3), Pixodaros (341/0-336/5) et Rhoontopatès (336/5-334), il est quelquefois possible, lorsque la documentation le permet, d'affiner la chronologie relative par des liaisons de coins - notamment entre deux règnes - jusqu'à atteindre un degré de précision de quelques années dans la datation des émissions. Le présent article, basé sur un mémoire de fm d'études4 , présente un choix restreint de questions rencontrées au cours de notre recherche. Il y est question de la métrologie et de la chronologie des monnaies d'Idrieus ainsi que de l'interprétation d'un didrachme contremarqué de Pixodaros et de la métrologie de ses frappes en or. Hécatomnos, le satrape éponyme de la dynastie, fut le premier à utiliser l'étalon rhodien pour la frappe de ses monnaies 5 . Son fils, Mausole, reprit l'étalon et émit principalement des tétradrachmes et une quantité moindre de drachmes représentant au droit une tête d'Apollon laurée presque de face et le Zeus de Labraundos au revers. Idrieus introduisit la frappe de deux nouvelles dénominations. La première est un didrachme 6 (Fig. 1) dont le poids ne correspond pas au système pondéral utilisé pour la * 2 3 4 5 6 St Edmund Hall, Oxford. E. BABELON, Traité des monnaies grecques et romaines. Deuxième partie, description historique, 2. Paris, 1910, p. 139-160. Plus récemment. des interprétations discutables ont été avancées ou rappelées sur le monnayage des Hécatomnides dans S. HORNBLOWER, Mauso/us, Oxford, 1982 (ci-après HORNBLOWER), p. 129-130, n. 194; p. 132, n. 220; p. 134. n. 232; fig. 36. Pour une critique de celles-ci à laquelle nous souscrivons, voir l'article de R .A. MOYSEY, Observations on the Numisma/ic Evidence Relating to the Great Sa/rapal Revoit of 362/1 B.C., dans REA, 91. 12. 1989, p. 126-130. Toutes les dates anciennes sont av. J.-C. C.M. KRAAY, Archaic and Classical Greek Coins. Londres, 1976, p. 329 assimile les deux noms et préfère utiliser le terme chiOle car l'atelier de Chios a été le premier à faire usage de cette unité pondérale (p. 247, n. 1). Néanmoins, nous préférons employer pour le IVe s. l'appellation étalon rhodien plutôt que chiote. En effet, le poids de référence qui servit aux frappes de Rhodes et qui fut adopté par de nombreuses cités d'Asie Minew:e tout au long du Ive s. est plus léger par rapport à celu"i qui était utilisé précédemment à Chios. Mémoire inédit conduit sous la direction du Prof. T~ Hackens et présenté en 1990 à l'Université Catholique de Louvain pour l'obtention du grade de licencié en archéologie et histoire de l'art de l'antiquité. Et non pas Mausole comme erronément indiqué dans J. BOARDMAN, Excavations al Pindakas in Chios. dans BSA, 53-54, 1958-1959. p. 306: «Maussollos was the first Carian dynast to mint coins on the Chian standard [... ]». Notre catalogue contient 19 exemplaires pour Il coins de droit (Dr.). 238 Quelques réflexions sur le monnayage des satrapes hécatomnides de Carie taille des tétradrachmes et des drachmes de poids rhodîen et dont le mode des exemplaires que nous avons rassemblés se situe respectivement dans la classe 15,15-15,25 g7 et 3,70-3,80 g8. Ces nouveaux didrachmes ont de toute évidence un poids déficitaire. En effet, ils pèsent entre 6,55 et 6,86 g avec un exemplaire de 7,07 g9. Il Y a donc une différence notable d'environ 0,95 g entre les systèmes pondéraux utilisés pour la taille de ces deux dénominations. Ainsi, ces 0,95 g en moins représentent 6,3 % du poids total d'un tétradrachme de poids nonnal (15,25 g). En outre, parallèlement à l'émission de ces didrachmes, Idrieus inaugura la frappe d'une nouvelle monnaie divisionnaire 10 (Fig. 2) dont le revers à la rosace rappelle l'ancien type monétaire de Milet utilisé précédemment par Hécatomnos et Mausole. Cette seconde dénomination a un poids qui fluctue entre 0,70 et 0.,96 g. Suivant l'étalon rhodien, il s'agit d'un trihémiobole dont le poids théorique est d'un peu moins d'un gramme. Outre ces monnaies d'appoint, nous ne connaissons que trois hémidrachmes au nom d'Idrieus ll . Ces hémidrachmes, ainsi que les drachmes d'Idrieus, ont été taillés d'après l'étalon rhodien nonnal utilisé pour les tétradrachmes. On est en droit de s'interroger sur les raisons qui ont présidé à l'émission d'un trihémiobole, qui était une dénomination rarement frappée à l'époque dans cette région. Or, précisément, celle-ci représente la quantité d'argent qui vient combler parfaitement la différence pondérale existant entre les didrachmes et les tétradrachmes d'Idrieus. En effet, deux didrachmes plus un trihémiobole font exactement un tétradrachme d'environ 15,25 g. Ainsi, nous pensons que la raison d'être de ces trihémioboles résidait dans la fonction d'interchangeabilité qu'ils remplissaient Il existait donc concomitament deux sortes de tétradrachmes, l'un de poids rhodien normal (15,25 g) représenté par une pièce d'un tétradrachme ou bien quatre pièces d'une drachme et un autre, plus léger, composé de deux didrachmes qui pesaient environ 14,20 g. Les trihémioboles pcnnettaient de passer aisément d'un système pondéral à l'autre. n reste à expliquer pourquoi Idrieus et Pixodaros choisirent d'émettre ces monnaies de poids particulier. Notons avec intérêt que Rhodes et Cos, toutes deux incluses dans la sphère d'influence hécatomnide 12, frappèrent à la même époque des tétradrachmes et des 7 8 9 10 11 12 152 ex., 29 Dr. La plupart de ces exemplaire.s proviennent d'un important trésor inédit mis au jour en 1978 dans un enckoit indétenniné de la péninsule d'Halicarnasse. Il contenait environ 180 tétradrachmes de Mausole. 140 tétradrachmes d1drieus, 140 didrachmes de Pixodaros. une centaine de tétradrachmes et de didrachmes de Cos, ainsi que d'autres espèces. Les tétradrachmes milésiens provenant du trésor ont été publiés par B. DEPPERTZ-LIPPITZ, Die Münzpriigung Mi/ets vom vierten bis ersten lahrhundert v. Chr. (Typos, 5), Aarau-Francfort/M.-Salzbourg, 1984. Notre catalogue inclut les monnaies cariennes qui ont apporté de nombreux coins nouveaux. Dans S.M. SHERWIN-WHlTE, Ancient Cos: An Historical Study from the Dorian Settlement to the Imperial Period (Hypomnemata, 51). Gôttingen, 1978, p. 70 l'auteur donne une liste de huit noms de magistrats se retrouvant au revers des tétradrachmes de Cos (Dr. Héraclès barbu; Rv. crabe et nom de magistrat dans un carré creux). On peut maintenant y ajouter ceux de: APIl:TlnN. nlITPATOI (plus probablement Enll:TPATOE hors flan), AION, HPAKAEITOl:, E>EOKAEI. KAEITANOP, AYKINOI. AYIlXOI, MOl:XInN, nEPIlnN, cllIAEONIAAl: / cl>IAEONIAAl:, cl>IAIIKOI / cl>IAIIKOI, XENOAIKOl:. 38 ex., 13 Dr. SNG yon Aulock. 2366. Le nombre limité d'exemplaires (18 ex .• 10 Dr.) que nous avons collectés ne nous permet pas d'estimer avec précision le poids original de ceux-ci. Néanmoins, les didrachmes de Pixodaros de même poids que ceux de son prédécesseur sont beaucoup plus communs (426 ex., 64 Dr.). Le mode de leur courbe de poids se situe dans l'intervalle 6,95-6,99 avec un nombre important d'exemplaires dans la classe supérieure (7,00-7,04). Unè estimation du poids original à envir~n 7,08 g nous semble justifiée. ' 15 ex .• Il Dr. Un exemplaire conservé au Cab, net Royal de Leyde, 6176 (1,64 g), un dèuxième dans la Staatliche i Münzsammlung de Munich (1.63 g) et un dernier catalogué dans la SNG yon Aulock, 2369 (t72 g). Les deux derniers sont issus du même coin de Dr. D'après notre catalogue, Mausole et Idrieus sont les seuls de la dynastie à avoir frappé des hémidrachmes de poids rhodien. HORNBLOWER. p. 123-137. KorayKONUK 239 drachmes de poids rhodien normal et des didrachmes allégés 13. Les réflexions développées par G. Le Rider l4 sur les frais de changes, l'épikatallaga, nous suggèrent une interprét!ltion sur l'utilisation de nos didrachmes. Les inscriptions du IVe s. de Delphes et d'Epidaure nous montrent que les paiements acquittés en monnaies étrangères entraînaient des frais de chan.8e dont le taux variait selon les cas de 5,63 à 7,10 %15. Athènes percevait une taxe d'Etat de 5 %16. Le Rider 17 voit dans la différence de 0,60 g qui existe entre l'étalon «achéen» (8 g) utilisé en Grande-Grèce et le statère corinthien (8,6 g) une taxe d'environ 7 % perçue au change par les cités achéennes d'Italie du sud. Ces quelques ·taux de change correspondent aux 6,5 % de différence pondérale qui existent entre un tétradrachme de poids rhodien et deux didrachmes de Cos, Rhodes ou des Hécatomnides. Par conséquent, il est plausible que le poids réduit de ces didrachmes s'explique par une taxe d'environ 6,5 % qui était appliquée lorsque des tétradrachmes étrangers de poids rhodien étaient changés en monnaies locales, c'est-à-dire en didrachmes. Chez les Hécatomnides, cette pratique était d'autant plus souple qu'elle permettait de passer d'un système de poids à l'autre grâce au trihémiobole. Selon Diodore l8 , dès son accession au pouvoir en 351, Idrieus fut envoyé à Chypre par Artaxerxès afin de répripier une insU!fection, en compagnie de l'Athénien Phocion et du roi déchu de Chypre Evagoras II. A cet effet, Idrieus, «l'ami ancestral et l'allié des Perses» rassembla 40 trirèmes et mit sur pied une armée de 8.000 mercenaires. La date de l'expédition contre Chypre donnée par Diodore est contestée par S. Hornblower 19 qui préfère la placer dans la dernière année de règne d'Idrieus, soit en 344/343. Pour résumer son argumentation, les raisons qu'il invoque sont de deux ordres. D'une part, dans un discours daté de 346, Isocrate 20 forme des vœux pour qu'Idrieus se révolte contre le Grand Roi. S. Hornblower pense que si l'expédition contre Chypre avait eu lieu avant 346, Isocrate n'aurait pas espéré une défection du dynaste. D;autre part, Diodore date de la même année l'expédition en question et la campagne d'Egypte qui, elle, est datée avec assurance des années 344/343 ou 343/342. L'analyse charactéroscopique des tétradrachmes et des drachmes d'Idrieus apporte une pièce à conviction. On a constaté que, sinon la totalité, du moins Ja plus grande partie de ces monnaies furent émises durant les dernières années de règne d'Idrieus. En effet, au moins deux coins de droit utilisés pour la frappe de tétradrachmes d'Idrieus ont été réemployés par Pixodaros dès son accession au pouvoir en 341/34021 . De plus, la plus grande partie des tétradrachmes d'Idrieus porte la lettre E au revers (18 Dr. pour 43 Rv.). Cette lettre E do.nt la signification est difficile à préciser, sans doute la marque du responsable des frappes, a été reprise par Pixodaros au revers de certaines de ses drachmes et de la totalité de ses tétradrachmes. Ainsi, cette série au E et par conséquent la plupart des tétradrachmes d'Idrieus, furent très certainement frappés à la fin de son règn.e. Au regard de ces faits, nous proposons d'établir un lien direct entre ces émissions et l'expédition contre Chypre de 344/343. 13 Nous ne disposons pas encore pour ceux-ci d'études de poids publiées. Toutefois. les exemplaires que nous avons rassemblés (plusieurs dizaines pour chaque dénomination et chaque ne) montrent que leurs poids correspondaient à un système pondéral sinon identique du moins très proche de celui des Hécatomnides.G. LE RIDER. A propos d'un passage des po roi de Xénophon, dans Kraay-M(jrkho/m Essays. Studies in the Memory of the C.M. Kraay and O. Mœrkholm, Louvain-la-Neuve, 1989, p. 159- 14 15 16 17 18 19 20 21 172. ID., p. 164-165. C.M. KRAA Y. An Interpretation of Ath. Pol. ch. JO, dans Essays in Greek Coinage Presented 10 Slaniey Robinson. 1968, Oxford, p. 1-9; O. M0RKHOLM, Sorne Reflections on the Production and Use of Coin age in Ancient Greece dans Historia, 36, 3, 1982, p. 290-305. G. LE RIDER, op. cit ., p. 169. Diodore, 16. 42. 6. HORNBLOWER. p. 43: «Diodorus' date for this expedition is. however, impossible». Isocrate, Philippe. 103. Ces deux intéressantes lîaisons de coins ont été mises en évidence par S. HURTER, Karische Fragen, dans Numismatics Witness to History. Wetteren. 1988. p. 15-18. pl. 4. 240 Quelques réflexions sur le monnayage des satrapes hécatomnidcs de Carie 4 Fig. 1. Didrachme d'ldrieus. 6,79 g. J. Hirsch, vente 18, 27..0S"'()7 (Munich), 2478: Naville, v. 7, 23-0624 (Lucerne), 1520; New York. ANS, 1944.10.48429: 2. Trihbniobole d'/drieus. 0,89 g. J. Vinchon, vente 03-04-85 (Paris), 369; 3. Didrachme de Pixodaros contremarqll~ à llanos. 6,88 g. Münzell wu} Medaillen. vente 66. 22-10·84 (Bâle), 145: 3a. AgrcUldissemenr (2:1) du droit du didrachme contremnrqu! de Pixodaros: 4. Didrachme d'ltollos porlont au revers un aigle et le numSJre marin. Giessener, vente 56, 07-10-91 (M'UlÎe"), 236. Le successeur d'Idrieus, Pixodaros conserva le même système des didrachnles trihémioboles - tétradrachmes - drachmes. Toutefois, les liaisons de coins permettent d'affirmer que Pixodaros abandonna au tout début de son règne la frappe des tétradrachmes et préféra émettre à la place une quantité importante de didrachmes22 , ainsi que des monnaies d'or. Panni l'ensemble des monnaies hécatomnides que nous avons pu rassembler, trois seu]ement sont contremarquées. Il s'agit de trois didrachnles de Pixodaros23 dont hélas un seul pone une c.ontrelnarque assez lisible pour donner lieu à une intreprétation. Cet exenlplaire portant au droit une contremarque ronde incuse (Fig. 3 et 3a) est apparu en 1984 à Bâle lors de la vente d'une collection de monnaies crétoises. On y voit la représentation d'un monstre Inarin tenant un trident. Cette figuration se retrouve sur les rnonnaies d'ltanos en Crète dont c'était l'emblème monétaire principal (Fig. 4). Le traitenlcnt du sujet de la contremarque est absolument identique aux représentations du monstre marin que l'on retrouve à la même époque sur les monnaies d'Itanos. Le monstre marin brandit son poing droit tandis qu'il tient un trident dans la tnain gauche. Cette contremarque étant d'un type suffisamment parlant, l'attribution à !tanos ne peut souffrir aucun doute 24 . Toutefois, les monographies sur les nlonnaies crétoises de J. Svoronos et de G. Le Rider 25 ne mentionnent aucune monnaie hécatomnide contremarquée en Crète ni d'ailleurs de trouvaille monétaire de cette dynastie sur l'île. En outre, aucune monnaie contremarquée par llanos n'y est relevée. Notre exemplaire constitue sur ce plan un témoignage sans précédent Au reste, nous savons que les dtés crétoises contremarquaient ou surfrappaient souvent des espèces étrangères afin, sans doute, de leur donner un cours légal dans les cités où elles arrivaient. Précisément, corrunent cette mOlUlaie de Pixodaros s'est-elle retrouvée en Crète, si loin de son lieu d'émission ? D'une part, la localisation d'Itanos a son importance comme élément de réponse. En effet, située à l'extrême pointe orientale de l'lie, c'était la cité crétoise la plus proche des côtes cariennes. D'autre part, les Hécatonmides et la Carie en général avaient des liens privilégiés de longue date avec la Crète 26 . Entre autres témoignages., une inscription trouvée à Labraunda apporte des renseignements sur les 22 23 24 25 26 Voir infra note 8. SNG Cop .• 26, 1947, 5%; M. MlTCHINER. Oriental Coins and their Values, The AndelJl and Classical World. 600 B.C.-A.D. 650, Londres, 1978. 116~ Münzen und M'edaillen, vente 66, 2210-1984 (Bâle), 145. G. LE RIDER, Contremorques et slufrappes dans l'anfiquité grecque, dans NwnistrUltique antique. problèmes et méthodes. Nancy-Louvain, 1975, p. 41 : «Parfois les contremarques n'onl pas de légende. mais leur type est assez parlant pour qu'une attribution soit possible». J.N. SVORONOS, Numismatique de la Cy~te ancienne, Mâcon~ 1890; G. LE RIDER. Monnaies crétoises du Ve au 1er si~c1e av. J.-c., Pa.ris~ 1966. HORNBLOWER, p. 12, 57.75, 135.209. 359. KorayKONUK 241 relations diplomatiques qu'entretenaient les Hécatomnides avec la Crète27 . On y apprend que Mausole et Artémise conférèrent le droit de proxénie aux habitants de Cnossos 28 . De plus, comme S. Homblower le remarque, «It is possible that Mausolus, with his new military commitments, at the time of the Social War, hoped for Kretan mercenaries - an export for which the island was famous : Kretans were to the hellenistic world what the Karians were to the archaÏC»29. Ainsi, il n'est pas improbable que le didrachme contremarqué à Itanos fût amené en Crète par un mercenaire à la solde de Pixodaros de retour dans sa contrée3o. Pour conclure cet article, nous voudrions faire quelques commentaires sur le monnayage d'or de Pixodaros. 11 est 1e seul de la dynastie à avoir monnayé le plus précieux des métaux. Cinq dénominations furent taillées d'après le poids de la darique. Elles font 1/2, 1/6, 1/8, 1/12 et 1/24 de darique. Le huitième de darique est représenté par un exemplaire unique et inédit conservé au Cabinet des Médailles de Paris 31 . Nous avons établi les courbes de poids de trois dénominations. En les examinant, il est obvie de constater, s'agissant d'or, que les poids de ces émissions furent ajustés avec le plus grand soin 32 , Cela nous a permis de travailler sur des intervalles de deux centigrammes seulement. Si l'on tient compte du frai qui fausse les données et des conditions de pesées qui n'ont certaine'ment pas été optimales 33 , les monnaies d'or de Pixodaros furent ajustées avec éminemment de précision. Même en ayant pris des intervalles très petits, les modes sont clairement marqués (Fig. 5). À partir de ces résultats on peut inférer le poids de l'unité qui servit de référence à la taille de ces monnaies. Autrement dit on peut essayer d'estimer le poids de la darique. En prenant l'intervalle supérieur du mode de chaque dénomination (0,35; 0,7; 1,4) et en le multipliant respectivement par 24, 12 et 6 on obtient 8,4 g. Le poids de la darique devait être de très peu supérieur à ce résultat si l'on tient compte du frai qui affecta légèrement le poids original de ces monnaies divisionnaires. Un poids de 8,44 g nous semble être correct si l'on ajoute 05 % à tous ces poids pour compenser l'effet du frai 34 . Ce poids est en parfait accord avec des estimations obtenues par d'autres voies 35 . 27 28 29 30 31 32 33 34 J. CRAMPA, Labraunda, Swedish Excavations and Researches, III : 1. The Greek Inscriptions, Stockholm, 1969, n° 40. O. PICARD, Les Grecs devant la menace perse, Paris, 1980, p. 263-264 relève l'étrangeté d'un tel décret délivré par un dynaste et non une cité, ainsi que l'aurait voulu l'usage. G. LE RIDER. Monnaies crhoises ... , p. 199-215. HORNBLOWER, p. 135. On pourrait par exemple citer le traité signé entre Rhodes et Hiérapytna (Syu.3 581) daté des années 200, qui établit les modalités de recrutement de mercenaires crétois. Pour le rapport de ce traité avec la numismatique voir: T. HACKENS. L'influence rhodienne en Crète aux IlJe et lIe s. av. J.-C. et le trésor de Gortyne, 1966, dans RBN, 116, 1970, p. 37-58, pl. 1; R.H.J. ASHTON, Rhodian-Type Si/ver Coin ages from Crete, dans GNS, 146, 1987, p. 2939. Cette hypothèse est à mettre en parallèle avec l'assertion de C.M. KRAA Y, Greek Coinage and War, dans Ancient Coins of the Graeco-Romnn World. The Nickie Numismatic Papers, Waterloo (Ontario), 1984, p. 3 : «Thus in late fourth-century Crete, we can detect a flood of foreign coinage, particularly from Cyrenaica, which had entered the island in the pockets of returnitlg mercenaries and been restruck with local types». Paris, 1980-22, 1,05 g. Dr. : Sommet d'un trident; Rv. : Labrys dans un carré incus dans les angles duquel de droite à gauche: fi - l 1- '1 À titre de cdmparaison, la remarque de S. SUCHODOLSKI, dans PACT, 5. Statistique et Numismatique ,- 1981,- p. 430 sur le trésor de Szikancs est explicite: «Dans le trésor de Szilcâncs presque la moitié des pièces pèsent exactement 4,50 g». À ce titre, l'exemple rapporté par Ph. GRIERSON dans PACT, 5. Statistique et Numismatique, 1981, p. 431 illustre bien les résultats divergents que l'on obtient lors de l'utilisation de balances différentes. Nous préférons ajouter 0,5 % plutôt que 1 ou 1,5 %, pourcentages suggérés par P. Naster pour les monnaies en argent: P. NASTER, Le probUme du coefficient dufrai, dans Scripta Nummaria, (Numismatica Lovaniensia, 6), Louvain-la-Neuve, 1983, p. 89. En effet, Les monnaies d'or 242 Quelques réflexions sur le monnayage des satrapes hécatomnides œ Carie 14 Effectifs 0) C\I , C\I Cf) co 0 ~ 0) ...- (') If) , Cf) ~ Cf) Cf) , , , "" . . . . 000000 (') C\I V Cf) (0 co a ~ <0 co 0 C\I V <0 <0 <0 ....... , , , Cf) Li) ,.... ,.... Cf) a ('1) Cf) Cf) . . ,....- ,.... 000000 <0 <0 <0 <0 a a ,.... Cf) Cf) (') 0) ...- v , <0 Cf) , - - - M- ...-...-...-...-...(') Li) (') ,.... co 0 Cf) v , , 0) C\I V , ~ Classes de poids en g. Fig. 5. Courbes de poids des 1124,1/12 et 116 de darique de Pixodaros (47 ex.). Pourquoi Pixodaros a-t-il monnayé de l'or? Ces frappes ont-elles un caractère insurrectionnel comme certains auteurs le suggèrent ? D. Schlumberger pense que le Grand Roi se réservait la prérogative d'émettre ce métal et que «la monnaie d'or non royale (de certains satrapes, dynastes chypriotes, etc.) manifeste apparemment l'insubordination»36. Nous ne pensons pas qu'il faille systématiquement interpréter ces émissions périphériques d'or comme étant le signe d'une insubordination par rapport au pouvoir central. En revanche t rémission de l'or coïncidait souvent avec des périodes de crise où la demande d'un numéraire abondant (et de forte valeur) se faisait pressante 37 . Ces observations nous amènent à nous interroger sur la nature des émissions de Pixodaros et de son prédécesseur Idrieus. Il ressort de noS quelques commentaires que leurs frappes avaient essentiellement un usage militaire. 35 36 37 circulaient en général moins que celles d'argent et par conséquent elles s'usaient moins. C'est le cas de nos petites mormaies d'or dont la plupart sont dans un excellent état de conselVation. En analysant les inventaires du Parthénon, M. Vickers est arrivé à plusieurs estimations du poids de la darique: cinq mentions à 8,46 g et deux à 8,44 g: M. VICKERS, Persian Gold in Parthenon Inventories, dans REA, 91, 1989, n. 1-2, p. 254-255. Quant à P. MARCHETII, Réflexions sur {es équivalences entre l'or et l'argent, dans HistlJire économique de l'antiquité. Bilans et contributions, Louvain-la-Neuve, 1987, p. 145, 147 et 149, il estime le poids de la darique à 8,43 g en étudiant la valeur des offrandes de couronnes d'or à Athènes. Le poids de 8,35 avancé, entre autres, par C.M KRAA Y, Archaic and Classical Greek Coins, Londres, 1976, p. 249 et 330 est à proscrire. D. SCHLUMBERGER, L'argent grec dans l'empire achéménide, Paris, 1958, p.22; F. LENORMANT, La monnaie dans /'antiquiM, 2, Paris, 1878, p. 3 s'est efforcé de démontrer que le roi de Perse se .réservait exclusivement le droit d'émettre la monnaie d'or. P. BRIANT dans ses Remarques finales à l'îssue du Congrès de Bordeaux sur l'or perse publiées dans REA, 91, 1-2, 1989, p. 329 va plus loin en avançant que «[... ] lorsqu'un satrape frappait monnaie, ce ne pouvait être que sur délégation exceptionnelle et temporaire concédée par le pouvoir centtaI [... ]». Les exemples sont nombreux. L'article de C.M. K.RAAY. Greek Coinage and War, dans Ancient Coins of the Graeco-Roman World. The Nickie Numismatic Papers, Waterloo (Ontario), '1984, p. 11-13 donne quelques cas de frappes en or en temps de crise.
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