L'accès des femmes au pastorat more

2007, Archives de sciences sociales des religions, n°138 : p. 29-48

Archives de sciences sociales -religions de§ religions Numero 138 (avril - juin 2007) Varia Gwendoline Malogne-Fer L'acces des femmes au pastorat Le cas de I'Eglise evangelique de Polynesie frangaise Avertissement Le contenu de ce site releve de la legislation frangaise sur la propriete intellectuelle et est la propriete exclusive de I'editeur. Les ceuvres figurant sur ce site peuvent etre consultees et reproduites sur un support papier ou numerique sous reserve qu'elles soient strictement reservees a un usage soit personnel, soit scientifique ou pedagogique excluant toute exploitation commerciale. La reproduction devra obligatoirement mentionner I'editeur, le nom de la revue, I'auteur et la reference du document. 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URL : http://assr.revues.org/4752 DOI : en cours d'attribution Editeur: Editions de I'Ecole des hautes etudes en sciences sociales http://assr.revues.org http://www.revues.org Document accessible en ligne sur: http://assr.revues.org/4752 Ce document est le fac-simile de I'edition papier. © Archives de sciences sociales des religions Gwendoline Malogne-Fer L'acces des femmes au pastorat Le cas de I'Eglise evangelique de Polynesie frangaise En Polynesie franchise, l'appartenance au christianisme joue un role essentiel dans la definition des identites individuelles mais aussi de l'identite culturelle dite « traditionnelle ». Malgre un relatif affaiblissement des pratiques institution- nalisees, notamment la participation aux cultes, et la diversification en milieu urbain de l'offre religieuse, le protestantisme demeure une composante essentielle de cette identite culturelle traditionnelle qui ne s'acquiert pas par conversion mais par heritage. Ceux qui, a l'age adulte, se convertissent a une nouvelle reli- gion sont violemment accuses de manquer de respect a l'egard de leurs parents et de leurs ancetres (Fer, 2005 : 344-351). Les dernieres estimations disponibles revelent, a cote des deux grandes Eglises « historiques », protestante et catholique, qui continuent a rassembler pres de 80 % de la population en 1992, l'essor relatif de nouveaux groupes religieux (mormons, adventistes, pentecotistes, temoins de Jehovah et baha'i). L'Eglise evangelique de Polynesie franchise rassemble encore 44 % de la population mais son taux de croissance « la place dans un processus de declin continuel » (Ernst, 1997: 83-88). L'evangelisation initiee a la fin du xvine siecle par des missionnaires britan- niques de la London Missionary Society a associe le protestantisme a la « religion des Anglais » contre le catholicisme presente comme la « religion des Francois ». Cette configuration historique a favorise au sein de I'Eglise evangelique de Polynesie franchise (EEPF) - rebaptisee Eglise protestante ma'ohi en 2004 - une comprehension de 1'authenticity polynesienne diametralement opposee a la presence franchise sur le territoire polynesien. Le renouveau theologique, initie par la commission d'animation theologique depuis 1988, prone la liberation du peuple ma'ohi, le retour a la terre et a la langue ma'ohi comme preuve d'une authentique foi protestante (Saura, 1989 ; Fer et Malogne-Fer, 2002). C'est dans ce contexte de declin relatif du protestantisme et de renouveau theologique que la direction de I'Eglise evangelique de Polynesie franchise decide, en 1995, apres plusieurs annees de discussions, d'autoriser les femmes a acceder au pastorat. Archives de sciences sociales des relicions 138 (avril-juin 2007), p. 29-48 30 - Archives de sciences sociales des religions Mais auparavant, les femmes etaient deja fortement impliquees dans le ministere en tant qu'epouses1. De fait, l'officialisation des responsabilites des femmes en paroisse a suivi deux dynamiques distinctes : une institutionnalisation des activites exclusive- ment feminines et un egal acces aux fonctions pastorales et diaconales. Ce double processus qui repose sur une logique a la fois differentialiste et egalitariste cree des tensions entre une tendance autonomiste (les femmes entre elles) et une ten- dance integrationniste (les femmes au cote des hommes) qui se retrouvent au niveau de l'institution ecclesiale et du couple pastoral ou diaconal. Le fil conduc- teur de cette reflexion, issue d'un travail de these2, consiste a interroger la trans- formation de l'institution ecclesiale et des modes d'exercice des ministeres en lien avec la reconfiguration des relations entre les hommes et les femmes en paroisse. La feminisation du corps pastoral transforme les representations et les formes d'autorite au sein de la paroisse, elle questionne les pasteurs et les diacres sur les modalit.es d'exercice des ministeres et les paroissiens sur les relations qu'ils entretiennent avec leur pasteur. Mais l'accession des femmes au pastorat entraine egalement de nouvelles formes de relations conjugales et pose la question de la place du mari dans la paroisse et au sein du couple dans la mesure ou l'Eglise refuse de consacrer les deux conjoints d'un meme couple. Le couple pastoral L'Eglise evangelique de Polynesie francaise, protestante de tendance reformee, reconnait officiellement trois ministeres : le pasteur consacre (fa'atahinu), le diacre installe (ha'amau) et l'evangeliste envoye (tono). Idealement, le pasteur n'est pas uniquement charge du cote spirituel mais aussi temporel et materiel de la paroisse, pour autant que cette distinction ait un sens. Marie et respecte, c'est un homme d'autorite qui ne doit pas abuser de cette autorite aupres des paroissiens. Si les Reformateurs, au xvie siecle, ont aboli l'obligation de celibat des pretres, en soulignant la contradiction qu'il y avait a considerer le mariage comme un sacrement tout en le refusant a une categorie particuliere de personnes, ils n'ont pas rendu le mariage des pasteurs obligatoire (Reymond, 1991 : 14-15). Pour- tant, en Polynesie francaise le pasteur doit etre marie : cette obligation, inscrite dans la Discipline de l'Eglise de 1900, trouve son origine dans l'histoire de la mission et l'interdiction adressee aux premiers missionnaires britanniques d'epouser 1. Charles Forman note la forte implication des epouses de pasteurs et de missionnaires de la London Missionary Society des la fin du xixc siecle dans de nombreuses ties du Pacifique et notamment a Tahiti, les ties Cook, Samoa, Kiribati, Tuvalu et les ties Loyaute (1984 : 158-162). 2. Ecole des hautes etudes en sciences sociales, juin 2005, sous la direction de Daniele Hervieu-Leger. La methode retenue est celle d'entretiens semi directifs, realises entre octobre 2000 et aout 2002. L'acces des femmes au pastorat - 31 des Tahitiennes, parce qu'elles n'etaient pas d'authentiques chretiennes. Derriere l'interdiction de contracter des unions mixtes se cache une profonde defiance a l'egard des populations « indigenes » a convertir, particulierement a l'egard des femmes tahitiennes per^ues comme des tentatrices. Les recits des premieres expe- ditions occidentales ont, en effet, contribue des la fin du xvnr* siecle a forger le mythe de Tahiti et de la supposee liberte sexuelle qui y regnait3. Pour cette raison, des 1806 le mariage avec une authentique chretienne (une femme britan- nique) devient une condition prealable indispensable pour les missionnaires can- didats a l'evangelisation a Tahiti (Davies, 1961 : 91). Le mariage, erige en instrument de moralisation et de stabilisation des relations conjugales, est par la suite exige des Polynesiens souhaitant se convertir au protestantisme. En liant mariage chretien et integration dans la vie paroissiale des nouveaux maries en tant que membres d'eglise ('etaretia), les missionnaires lient la fidelite conjugale a l'authenticite de la croyance des nouveaux convertis : il s'agit de prouver socia- lement, par un comportement conjugal juge exemplaire, la profondeur de la foi chretienne. A cote des deux sacrements reconnus dans le protestantisme, le bap- teme et la sainte cene, le protestantisme polynesien transforme done le mariage - et avec lui la confirmation du bapteme qui sont en principe celebres dans un temps rapproche - en un quasi-sacrement. Au debut des annees 1960, l'Eglise decide d'assouplir les regies d'acces a la sainte cene : peuvent desormais la prendre des personnes confirmees mais pas mariees, e'est-a-dire qu'il devient possible d'accomplir la confirmation du bapteme sans etre marie. Cet assouplis- sement n'est toujours pas, quarante apres, accepte dans toutes les paroisses. Le pasteur est un homme marie qui sait combiner autorite et familiarite. Le mode de recrutement des pasteurs et la maniere dont l'autorite pastorale est pensee sur le modele de l'autorite parentale permettent de preciser les liens de familiarite qui unissent le pasteur et les fideles. Les futurs pasteurs sont envoyes par leur paroisse d'origine a l'ecole pastorale. Jusque dans les annees 1970, les pasteurs ainsi formes etaient renvoyes dans leur paroisse d'origine. Par la suite, un nouveau systeme de mutation pastorale oblige les pasteurs a changer de paroisse tous les trois ou six ans, alors que les diacres continuent a reperer parmi les jeunes paroissiens ceux qui feront de bons pasteurs et a esperer que les pas- teurs ainsi formes retourneront un jour dans leur paroisse d'origine, ne serait-ce qu'a l'age de la retraite. Les mutations pastorales introduisent une autre transfor- mation dans l'exercice du ministere pastoral: jusque dans les annees 1960, le pasteur etait aussi agriculteur, le fait d'etre mute dans sa paroisse d'origine lui permettant de cultiver les terres familiales. A partir des annees 1970, le pasteur exerce sa charge a temps plein, dans une paroisse dont il n'est pas originaire, et n'etant plus agriculteur il depend desormais entierement de l'aide versee par l'Eglise pour subvenir a ses besoins et a ceux de sa famille. 3. Pour une lecture critique des recits des premiers explorateurs fran^ais (Bougainville et La Perouse) : Tcherkezoff, 2005. 32 - Archives de sciences sociales des religions Le pasteur ('Orometua) est considere comme un metua (un parent, pere ou mere) qui doit s'occuper de ses paroissiens et les aider a grandir spirituellement comme un parent s'occupe de ses enfants. Le terme utilise pour l'adoption, fa'a'amu, qui signifie litteralement « nourrir », souligne qu'en Polynesie les liens de parente s'expriment sur le registre nourricier. Comme le rappelle Alan Howard : « Oceanic terms for kinship imply, in one way or another, notions of common substance, or derivation from the same roots. The fundamental concep- tion is that kinsmen share substance through common ancestry, but substance can also be shared by virtue of individuals being fed or nurtured from the same source » (1996 : 265). Les relations entre pasteur et paroissiens peuvent etre analysees en termes d'echanges de nourritures qui participent a la creation des liens de parente. Le pasteur donne un enseignement (ha'api'ira'a) assimile a une nourriture (ma'a) spirituelle. En echange, les paroissiens nourrissent leur pasteur en lui apportant taros, poissons et en l'invitant aux repas communautaires. Le pasteur est aide de son epouse qui, sans etre consacree ni remuneree, participe activement a la vie de la paroisse en tant que simple membre d'eglise (laique). Pourtant elle intervient a toutes les etapes de la « carriere » de son epoux : les dossiers d'entree a l'ecole pastorale comprennent devaluation de la culture generale (mathematiques, fran^ais) et/ou de la sincerite de la vocation pastorale des deux conjoints ; depuis 1977, les femmes de pasteurs peuvent suivre les memes etudes de theologie que leurs epoux ; elles peuvent egalement, depuis les annees 1990, soutenir un memoire de fin d'annee sanctionnant un travail de recherche personnel; elles beneficient de bourses d'etudes octroyees par le Conseil oecumenique des eglises (COE) ou la Communaute evangelique d'action apostolique (CEVAA) pour poursuivre, avec leurs maris, leur scolarite soit au Pacific Theological College a Fidji soit dans une faculte protestante de theologie en France, a Strasbourg ou a Montpellier ; elles sont desormais associees a la ceremonie de consecration de leurs epoux. Yvette Temauri, qui a suivi une for- mation theologique au Pacific Theological College avec son mari, fait partie de ces epouses de pasteurs qui ont revendique un autre role en paroisse : « Avant, les femmes de pasteurs etaient tres soumises, on a gratte un peu, et c'est aussi parce qu'en ce temps la formation n'etait que pour les hommes et que les femmes n'avaient pas d'education, de formation pareille a l'homme et quand ils arrivent dans une paroisse, c'est l'homme qui prend la parole et la femme fait la popote, le ma'a [nourriture] et s'occupe des enfants. Et moi je ne me dis pas comme les autres, quand je suis arrivee, je ne me suis pas laissee faire, c'est vrai une femme de pasteur est tres respectee, mais a quoi ga sert d'etre respectee si c'est seulement pour faire la popote ? Pour moi, aujourd'hui la femme du pasteur, c'est une femme qui aide son mari dans son travail et son ministere et qui aide les femmes de la paroisse. »4 4. Yvette Temauri est entree a l'ecole pastorale en 1966 en tant qu'epouse de pasteur. Au moment de l'entretien, en decembre 2001, son mari est retraite et elle est responsable du centre territorial d'information sur les droits de la femme et de la famille, organisme sous statut associatif dependant des services du gouvernement de Polynesie francaise. L'acces des femmes au pastorat - 33 Etudiant le role de la femme de pasteur, Bernard Reymond souligne que celle- ci peut jouer un role « sainement anticlerical » du fait de sa position de laique et de sa non-participation aux instances decisionnelles de la paroisse \ En Polynesie franchise, si l'epouse est generalement consideree comme plus proche des parois- siens, plus accessible et accueillante, la question demeure de savoir si ces qualit.es sont liees a sa position de laique, d'epouse ou a son sexe et pourquoi ces qualit.es devraient perdurer lorsque les femmes deviennent pasteures ou diacres. Enfin, certaines femmes de pasteurs ont pu transformer ce ministere derive en ministere a part entiere en conservant leurs responsabilit.es au sein de l'Eglise alors meme que leurs maris n'etaient plus pasteurs en activite (mari decede, retraite ou demis pour cause d'adultere). Bien qu'exceptionnelle, la situation de ces femmes de pasteurs est parfaitement connue des paroissiens et surtout des paroissiennes du fait de leur action en faveur de l'institutionnalisation des activit.es des femmes et de l'acces des femmes au pastorat. L'institutionnalisation des activites paroissiales Au debut des annees 1980, la direction de l'Eglise encourage, dans chaque paroisse, la structuration des activites exclusivement reservees aux femmes, activites qui existaient, pour certaines d'entre-elles, des les premiers temps de la mission mais n'avaient pas de caractere officiel et etaient vues davantage comme des lieux de socialisation que des lieux d'evangelisation. Cette reconnaissance dans l'organisation de la paroisse d'activites reservees aux femmes est directe- ment liee a la participation de femmes de pasteurs, a partir des annees 1970, aux differents organismes oecumeniques comme le Conseil oecumenique des eglises au niveau mondial ou la Pacific Conference of Churches (PCC) au niveau regional. Ces organismes charges de promouvoir le rapprochement entre les eglises protes- tantes, catholiques et orthodoxes en travaillant a l'elaboration d'une liturgie commune sont efficacement engages dans la lutte contre les discriminations sociales, economiques et les inegalites entre les sexes. Parce que le COE et la PCC ont demande une representation tripartite des Eglises membres (un homme / une femme / un jeune) les femmes de pasteurs chargees de representer les femmes de l'EEPF, et qui regrettaient lorsqu'elles participaient a ces reunions oecume- niques de ne representer qu'elles-memes, ont demande la mise en place au sein de chaque paroisse de Polynesie franchise de reunions regulieres permettant d'une part de centraliser les demandes des femmes de l'Eglise et, d'autre part, de les informer en retour des activites oecumeniques et de la vie des autres Eglises protestantes du Pacifique. En Polynesie franchise, l'institutionnalisation des activites des femmes s'orga- nise autour de trois axes : la mise en place d'un comite des femmes charge de 5. Reymond citant Francine Dumas (1991 : 49-50). 34 - Archives de sciences sociales des religions superviser l'ensemble de leurs activites (reflexions bibliques, ateliers couture, visites des malades et personnes agees), l'organisation de rencontres des femmes des differentes paroisses ou eglises, enfin la raise en place au sein de chaque paroisse d'un dimancbe des femmes. Les deux premiers axes peuvent continuer a fonctionner avec l'organisation traditionnelle de la paroisse, en renforcant le role des epouses de diacres et l'efficacite du couple diaconal dans le premier cas et en organisant des rencontres de femmes a l'exterieur du temple, c'est-a-dire sans incidence directe sur l'organisation intra-paroissiale dans le second cas. Au contraire, la mise en place d'un dimanche de femmes cree les conditions d'une remise en cause radicale de l'organisation traditionnelle du culte dominical. Le dimanche des femmes signifie qu'une fois par mois, le plus souvent le troisieme dimanche du mois apres le dimanche de sainte cene et le dimanche des jeunes, le culte est organise par les femmes de la paroisse, et la predication peut etre assuree par une femme. Alors que les activites des femmes etaient jusque-la orga- nisees sur le mode d'une stricte separation entre les sexes liant une prise de parole feminine a un auditoire feminin et un espace ordinaire, le dimanche des femmes opere un glissement doublement significatif en introduisant une parole feminine dans le temple et devant un auditoire mixte : les hommes doivent desormais ecouter une femme parler. La question demeure de l'autorite que les paroissiens sont prets a reconnaitre a ce message : parole de Dieu ou simple parole de femmes, temoignage personnel qui n'engagerait qu'elles-memes ? Dans un grand nombre de paroisses, la creation d'un dimanche des femmes s'est accompagnee d'une restriction - en principe temporaire - qui en limite grandement la port.ee : seule l'epouse du pasteur (et eventuellement les epouses de diacres), c'est-a-dire celle qui a suivi les memes etudes de theologie que son mari, est autorisee a faire la predication. Le dimanche des femmes devient des lors l'occasion pour les paroissiens de juger qui, au sein du couple pastoral, est le predicateur le plus brillant, la comparaison etant le plus souvent utilisee pour critiquer le pasteur6. A un premier niveau, l'institutionnalisation des activites des femmes signifie la reconnaissance des femmes et de leur engagement dans la vie paroissiale, mais cette reconnaissance est limitee puisqu'elle se traduit par la constitution d'un comite de femmes restant entierement dependant du conseil des diacres, seule instance paroissiale habilitee a enteriner les bilans et projets qui lui sont pre- sent.es. A un second niveau, ce processus marque une democratisation de la prise de parole particulierement saisissante quand les femmes reinvestissent le cadre paroissial selon un mode d'organisation qui leur est propre, en autorisant des femmes simples membres d'eglise a faire la predication (et des jeunes filles qui 6. Le precede n'est pas propre aux paroissiens de Polynesie franchise. P.-D. Dubeid souligne que si l'Eglise reformee de France a interdit aux couples de pasteurs d'exercer dans la mcme paroisse, c'est parce que « les dangers de concurrence dans la reconnaissance de la paroisse sont evidemment les plus forts lorsque l'activite des deux s'exerce pour le meme public » (1990 : 44). L'acces des femmes au pastorat - 35 n'ont pas confirme leur bapteme a assurer la lecture biblique) alors que le culte dominical est traditionnellement, a travers la mise en scene des hierarchies sociales, un temps de remise en ordre. D'un ministere derive a un « ministere a soi »7 La decision du synode (ou conseil superieur) de l'Eglise, en 1995, d'autoriser les femmes a devenir pasteures decoule directement de la prise de position, quelques annees auparavant, du grand comite des femmes de l'Eglise reunissant les femmes de pasteurs engagees dans les actions oecumeniques qui decouvrent, des le debut des annees 1980, que d'autres Eglises du Pacifique ont consacre des femmes au ministere pastoral8. Emma Tufariua-Faua, epouse de pasteur qui a participe aux conferences de la Pacific Conference of Churches, se souvient de cette epoque : « On a travaille sur le theme de la participation des femmes dans la societe et dans l'Eglise. Et qa a ete une periode tres enrichissante, pour voir comment les femmes abordaient leur role au niveau des Eglises surtout. Et on decouvrait qu'au niveau du Pacifique, certaines Eglises, certaines iles, etaient bien plus avancees que nous, au niveau du ministere de la femme, par exemple aux iles Kiribati, il y avait deja dix femmes consacrees, au Vanuatu, il y avait quatre femmes consacrees, en Papouasie, elles etaient quatre, a Fidji, elles etaient deux. Et en Nouvelle-Caledonie, il y avait deja deux femmes consacrees en 1992, dont Marie-Claire [Kaemo] et nous, on etait encore la... Le fait de trouver qa au niveau de la region et de dire que Tahiti, notre Eglise, n'etait pas encore a ce stade-la, eh bien qa nous a motivees et on a lance une reflexion au niveau du comite des femmes de l'Eglise, de toutes les paroisses (...). Au bout du compte, on etait arrive a faire, a dire que les femmes comprennent que les femmes, elles avaient autant de capacites pour ce ministere consacre. »s En 1981, un premier cas avait ete debattu, celui de Celine Hoiore, epouse de pasteur, qui avait revele les tensions entre les differents echelons decisionnels de l'Eglise (paroisses/arrondissements/direction de l'Eglise) et des divergences quant a la definition meme du role du synode tiraille entre une stricte fonction de representation des paroisses et une approche plus « avant-gardiste » defendue par les dirigeants de l'Eglise. Si Celine Hoiore n'a pas ete consacree pasteure en meme temps que son mari, alors qu'elle etait detentrice du meme diplome en theologie, c'est essentiellement parce que la question fut soulevee a une periode ou les epouses, desormais autorisees a suivre les memes etudes de theologie que leurs maris a l'ecole pastorale de Papeete, etaient toutes susceptibles de demander 7. L'expression est choisie en reference au livre de Virginia Woolf, Une chambre a soi. 8. Lors de la conference de la Pacific Conference of Churches de 1981, une ceremonie est presidee par une femme pasteure de l'Eglise unie de Papouasie Nouvelle-Guinee et des lies Salomon. 9. Ancienne epouse de pasteur (separee), Emma Tufariua-Faua est bibliothecaire et profes- seure a l'ecole pastorale de Hermon. Elle a 47 ans au moment de l'entretien en mai 2001. 36 - Archives de sciences sociales des religions un jour a devenir, elles aussi, pasteures a part entiere, mettant a mal le fonction- nement traditionnel du « couple pastoral ». En 1995, le synode autorise les femmes a devenir pasteures en precisant que rien dans la Bible n'interdit le pastorat des femmes. Cette decision n'a pas ete l'objet de longs debats, le synode de 1995 etant occupe par ailleurs a denoncer la reprise des essais nucleaires auxquels l'EEPF s'oppose officiellement depuis 1982 (Malogne-Fer, 2003). La position en faveur du pastorat des femmes ayant ete qualifiee de « theologique », les opposants ne pouvaient avancer que des arguments dits « culturels » et de facto disqualifies. Les epouses de pasteurs sont beaucoup plus divisees que les hommes pasteurs, notamment parce que la situation des conjoint(e)s n'a pas ete prise en compte. Alors que les femmes de pasteurs engagees dans le mouvement oecumenique sont satisfaites de cette decision, celles, plus nombreuses, qui exercent habituellement en paroisse se demandent comment une femme pourrait concilier vies privee et professionnelle si, dans le meme temps, l'organisation paroissiale n'est pas modifiee. Les hommes pasteurs, au contraire, font preuve d'une unanimite quasiment sans faille : cette prise de position est pour eux une maniere de renforcer leur statut de theologien puisque la question du pastorat des femmes est l'occasion de souligner qu'a la difference de la majorite des paroissiens, ils ont su assimiler une lecture « moderne » c'est-a-dire contextualisee de la Bible. Certains pasteurs demandent aux femmes d'etre pasteures autrement et cette valorisation de la difference des sexes au service de l'institution ecclesiale est particulierement forte chez ceux qui ont les plus hautes responsabilites a la tete de l'EEPF. Professionnalisation du pastorat Les mutations pastorales constituent une premiere etape de professionna- lisation du ministere pastoral. Le pasteur n'est plus « pasteur-agriculteur » ; envoye dans une paroisse qui n'est plus sa paroisse d'origine, il n'est plus en mesure de cultiver les terres familiales. Devenu pasteur a plein temps, il doit desormais son autorite moins aux liens de parente qu'aux enseignements recus a l'ecole pastorale. Selon l'anthropologue Claude Robineau : « la tendance a ne plus nommer le pasteur dans sa paroisse d'origine correspondait a un souci de renforcer le statut theologique des pasteurs au detriment de leur insertion dans le monde profane. » (Robineau, 1994 : 237). Cette transformation du ministere pastoral est a replacer dans un contexte de profondes mutations economiques et sociales. Depuis les annees 1960 et l'installation du centre d'experimentation du Pacifique a Moruroa et Fangataufa, l'economie polynesienne, auparavant essentiellement tournee vers les activit.es agricoles et la peche, s'est rapidement tertiarisee. Le developpement du secteur tertiaire, public et prive, fort pourvoyeur d'emplois « feminins » a favorise la progression rapide de l'activite salariee des femmes10. 10. ISPF (Institut statistique de la Polynesie franchise), 2002. L'acces des femmes au pastorat - 37 Avec l'arrivee des femmes au ministere pastoral se dessine une nouvelle legitimite que Jean-Paul Willaime (2002 : 77) a mise en evidence en montrant comment, en France, la feminisation du corps pastoral participait a un processus de professionnalisation du ministere pastoral. La professionnalisation, ecrit-il, s'analyse comme « le processus par lequel un metier s'autonomise par rapport a l'institution dans laquelle il s'exerce et s'auto-legitime a partir de la competence qu'il met en oeuvre. Le professionnel est un expert dans un domaine specialise et c'est sa qualite d'expert qui est la principale source de legitimite. Lorsque nous parlons de professionnalisation du pastorat, il s'agit aussi de rendre compte de l'evolution tendant a une nette separation entre les taches professionnelles et la vie privee du pasteur » (Willaime, 1986 : 217). La professionnalisation initiee par la direction de l'Eglise s'illustre a travers trois points : l'elevation du niveau d'etudes, l'emergence des ministeres specialises et la dissociation progressive entre vie privee et vie professionnelle. Dans le protestantisme fran^ais, l'acces des femmes au pastorat s'est effectue au debut du xxe siecle grace aux facultes de theologie : « Avant qu'il y eut des femmes pasteurs, il y eut des etudiantes en theologie et des diplomees en theo- logie » (Willaime, 1996 : 36). En Polynesie franchise, les femmes entrent a l'ecole pastorale grace a leurs diplomes : en 1995, l'Eglise autorise les femmes a devenir pasteures, en 1996, la direction de l'Eglise modifie les conditions d'entree a l'ecole pastorale en instituant deux modes d'acces : un acces direct pour ceux qui ont le baccalaureat et un acces indirect appele « annee probatoire » pour les non bacheliers. Ces derniers doivent suivre pendant un an des cours du soir et passer a la fin de l'annee scolaire un examen d'entree a l'ecole pastorale d'autant plus selectif que le nombre de candidats bacheliers aura ete important. L'etude des parcours des hommes et des femmes entres a l'ecole pastorale entre 1997 et 2001 montre que le niveau scolaire et la situation maritale se differencient sensible- ment selon les sexes : les femmes sont quasiment toutes bachelieres et celibataires, les hommes n'ont pas le baccalaureat et arrivent maries a l'ecole pastorale. La decision d'exiger le baccalaureat a l'entree de l'ecole pastorale s'inscrit dans le cadre d'un developpement important de la scolarisation en lycee et a l'universite depuis une vingtaine d'annees. L'universite franchise du Pacifique a ete creee en 1987, la scolarite jusqu'a 16 ans rendue obligatoire en 1992. Le pasteur etant, historiquement, un homme instruit - parfois aussi instituteur - la formation pastorale se devait de suivre cette tendance generale d'elevation du niveau scolaire. Mais l'exigence du baccalaureat est source de discussions et de mecontentements en paroisse car cette mesure est perdue comme trop favorable aux jeunes filles, qui reussissent mieux leur scolarite que les gar^ons. La question des ressorts de la vocation pastorale, entre connaissances scolaires et foi person- nelle, sert des lors a discrediter la demarche de ces jeunes filles presentee comme un risque d'intellectualisation du ministere pastoral. Si la qualification theologique est primordiale dans l'exercice du ministere pas- toral, l'arrivee des femmes a l'ecole pastorale fait done ressurgir une opposition 38 - Archives de sciences sociales des religions interne au protestantisme entre l'accession a la verite divine par les connaissances ou 1'experience. L'historien Jean-Francois Zorn a montre comment, au xixe siecle, la question de la formation des pasteurs et des missionnaires a reactive des ten- sions entre les differents courants theologiques du protestantisme : les facultes de theologie protestante visaient a former les pasteurs tandis que l'ecole des missions etait chargee, sous l'impulsion de la societe des missions evangeliques de Paris proche de la « theologie du Reveil », de former les futurs missionnaires destines a l'Outre-mer et notamment a Tahiti (Zorn, 2004 : 13-21). Si l'EEPF est membre de 1'Alliance reformee mondiale, l'histoire des missions britannique puis francaise et la presence de missionnaires de tendances theologiques diffe- rentes creent les conditions d'une valorisation de l'experience allant de pair avec une critique des etudes scolaires et universitaires. La critique exprimee sous forme interrogative, « la vocation est-elle une question de foi ou de diplomes ? », construit une opposition etanche entre l'au- thenticite de la foi chretienne et les connaissances scolaires qui « assecheraient » la foi. Cette critique formulee par des paroissiens mecontents s'adresse directe- ment aux jeunes femmes, suspectees de ne pas avoir grandi en paroisse d'une part parce que la forte concentration des lycees a Papeete oblige les eleves qui veulent poursuivre leurs etudes a quitter l'ile ou la paroisse d'origine et d'autre part parce que l'exigence du baccalaureat signifie a contrario la fin du monopole detenu jusque-la par les diacres en matiere de discernement des vocations pasto- rales. Et parce que les jeunes filles ne peuvent pas etre envoyees a l'ecole pastorale par des diacres qui continuent a privilegier des candidatures d'hommes maries, elles ne peuvent pas avoir « grandi » en paroisse. Derriere la reactivation d'une opposition entre les diplomes et la foi se dessinent des tensions entre deux modes d'enseignement, l'un dispense a l'ecole de la Republique francaise et valide par des diplomes, l'autre dispense en paroisse dans le cadre des activit.es de l'ecole du dimanche, des reflexions bibliques et des predications. La logique scolaire cree tout a la fois une democratisation des conditions d'entree a l'ecole pastorale en acceptant des candidats - les femmes - qui en etaient jusque-la exclus, et une nouvelle hierarchisation parmi les pasteurs en exercice, selon le niveau des diplomes obtenus, la reputation de la faculte et l'implication dans la commission d'animation theologique. Les pasteurs en paroisse membres de la commission d'animation theologique illustrent particulierement bien l'emergence de la figure du pasteur-theologien, qui ajoute a l'experience paroissiale un nouveau type de legitimite, acquis grace aux enseignements dispenses par un docteur en linguistique, Turo Raapoto, fils de Samuel Raapoto, qui fut le premier pasteur polynesien president de l'Eglise evangelique devenue autonome en 1963". Cette dynamique profondement elitiste permet une reclericalisation en meme temps que se poursuit la professionnalisation du ministere pastoral. L'engagement dans 11. L'autonomie de l'Eglise en 1963 signifie que cette derniere est desormais dirigee par des pasteurs polynesiens et non par des missionnaires fran^ais de la societe des missions evange- liques de Paris. L'acces des femmes au pastorat - 39 la commission d'animation theologique, qui contribue a la reclericalisation du ministere pastoral, n'est pas chez les hommes pasteurs une reaction a la feminisa- tion du corps pastoral, qu'ils souhaitaient pour la plupart, c'est le meme proces- sus, celui de la professionnalisation du ministere pastoral, qui produit des effets differencies selon les sexes parce qu'il s'inscrit dans un cadre traditionnel de socialisation et de division sexuees du travail. L'articulation entre le savoir et le pouvoir ne s'opere pas de la meme fa^on selon les sexes : les eleves pasteures se destinent pour la plupart a exercer un ministere specialise, en marge du pouvoir institutionnel. En reprenant la distinction operee par Nicole Mosconi (1994) a propos de l'education des femmes, entre accession aux savoirs, transmission des savoirs et creation de nouveaux savoirs, il apparait que les femmes ont eu acces au savoir biblique des l'implantation des missions anglaises et franchises, elles ont egalement acces aux fonctions de transmission du savoir (elles representent aujourd'hui les deux tiers des moniteurs de l'ecole du dimanche), en revanche, elles n'ont pas acces a la creation de nouveaux savoirs. Les ministeres specialises visent une population qui n'est pas definie en fonc- tion d'une appartenance territoriale et qui ne frequente pas de paroisse: les jeunes dans les ecoles, les malades dans les hopitaux, les prisonniers, etc. L'emer- gence de ces ministeres participe a une remise en cause du cadre paroissial comme modele exclusif d'organisation ecclesiale dans un contexte de fortes migrations - des archipels vers Tahiti - et d'urbanisation croissante a Tahiti qui rassemble desormais 70 % de la population (ISPF, 2003). Les ministeres specialises sont, pour beaucoup, des ministeres qui conviendraient particulierement bien aux femmes pasteures pour au moins deux raisons. La premiere est purement nega- tive : l'acceptation des femmes pasteures en paroisse ne va pas de soi et risque de poser beaucoup de difficultes, les ministeres specialises permettent de resoudre l'impossible equation entre la decision synodale autorisant les femmes a acceder au pastorat et les fortes reticences des paroissiens ; la seconde raison est que les ministeres specialises - comme pasteur aumonier des ecoles ou des hopitaux - correspondent a des taches et des secteurs d'activites (education des jeunes enfants et soins apport.es aux malades) traditionnellement devolus aux femmes. Ainsi, parmi les quatre premieres femmes pasteures stagiaires, une seule a ete affect.ee dans une paroisse traditionnelle : les trois autres ont effectue leurs stages dans les services administratifs de l'Eglise, ou dans l'une des deux paroisses extra- territoriales que compte l'EEPF : les paroisses de langues franchise et chinoise de Papeete. La premiere femme pasteure de l'Eglise est aujourd'hui aumoniere au lycee protestant de Arve, renouant ainsi avec son ancien metier d'institutrice. Enfin, les ministeres specialises permettent plus facilement que les ministeres paroissiaux une separation entre vies « professionnelle » et « privee » a laquelle beaucoup de femmes aspirent. Le pasteur habite avec sa famille dans un presbytere qui est le plus souvent attenant au temple, les paroissiens viennent frequemment soit aider au menage lorsqu'il s'agit d'accueillir des invites de la paroisse qui logent au presbytere, soit emprunter des ustensiles de cuisine pour preparer des repas paroissiaux. Depuis quelques annees, et notamment sous l'impulsion de 40 - Archives de sciences sociales des religions femmes de pasteurs qui souhaitent plus d'intimite pour elles et leurs enfants, la revendication d'une separation entre vie privee et vie professionnelle se fait jour. C'est notamment le cas de Line Tehahe : « Les femmes [de] pasteurs d'avant, comme [ma belle-mere], elles sont gentilles comme tout, elles accueillent les gens. On fait toujours grand le presbytere, c'est pour accueillir les gens de passage. Celui qui est la avant, les gens avaient l'habitude de rentrer dans le presbytere pour chercher un couteau, un balai, de la vaisselle. Et apres c'est a toi a aller courir derriere pour recuperer ! Moi, j'ai dit non. Je pense qu'il y a un respect aussi. »12 Les pasteurs n'hesitent plus a prendre quelques jours de vacances, les femmes de pasteurs sont de plus en plus nombreuses a vouloir travailler a l'exterieur de la paroisse. Avec l'arrivee des femmes au ministere pastoral, la dissociation devrait etre menee a terme pour proteger le mari des sarcasmes des paroissiens. Le schema ci-dessous reprend les differents types de ministeres pastoraux en les situant dans le cadre de deux dynamiques en partie contradictoires : une professionnalisation du ministere qui remet en cause les figures du « couple pastoral » et du pasteur-agriculteur et une democratisation de l'acces a la parole qui autorise les femmes a assurer la predication et a devenir pasteures mais qui n'a pas atteint les lieux de production theologique. democratisation (laics) distribution de la parole Institutionnalisation a -a c o '> -a ^ Ministeres specialises Pasteurs d'ecoute Femmes pasteures professionnalisation (diplomes) Pasteurs-theologiens (membres commission i animation theologique) theologie des activites des femmes Epouses de pasteurs deprofessionnalisation § (ancrage territorial) o UP p Pasteurs-agriculteurs de la terre hierarchisation (clercs) monopolisation de la parole 12. Entretien de novembre 2001. L'acces des femmes au pastorat - 41 Reconfigurations conjugales En 1995, l'EEPF autorise les femmes a devenir pasteures tout en maintenant implicitement l'obligation de mariage et en refusant que les deux conjoints au sein d'un meme couple puissent etre tous les deux consacres pasteurs, creant de fait une situation originale ou la place en paroisse et en famille de celui qui n'est que « mari de pasteure » est l'objet de toutes les interrogations. Lorsque les femmes arrivent a cette fonction, les paroissiens n'interrogent pas la pertinence de l'organisation paroissiale mais celle de la decision synodale autorisant les femmes a acceder au pastorat: parce que la paroisse ne prevoit rien pour le mari de la femme pasteure, cette difficulte a definir la place du mari se transforme en incapacity a imaginer une femme pasteure. D'une certaine fa^on (mais d'une certaine fa^on seulement) l'institutionnalisation des activites des femmes prepare la paroisse au pastorat des femmes, meme si, dans le meme temps, le fait que les femmes aient desormais « leur place » au sein de la paroisse est un argument de poids frequemment repris par les opposants au pastorat des femmes qui regrettent que celles-ci en « veuillent toujours plus », un comportement qu'ils jugent peu « evangelique ». Lorsque l'homme est pasteur, son epouse a des activites et des responsabilit.es au sein de la paroisse non officiellement reconnues mais qui sont neanmoins considerees comme indispensables a la bonne marche de la paroisse : presidence du comite des femmes, animation des reflexions bibliques destinees a adapter le message biblique a la situation concrete des femmes, organisation de tournees mensuelles de maisons a destination des personnes agees ou malades. La femme du pasteur ne participe pas a l'instance decisionnelle de la paroisse qui est le conseil de diacres, compose exclusivement des diacres et preside par le pasteur. Elle informe neanmoins son mari, en tant que presidente du comite des femmes, des projets du comite qui doivent obtenir l'aval du conseil de diacres et, de fa^on plus generale, de ce qui se passe « du cote des femmes ». La femme a done un pouvoir de representation, mais uniquement de fa^on officieuse aupres de son mari, et ne participe pas au pouvoir decisionnel. En revanche, le pasteur peut, grace aux informations collectees aupres de son epouse, devenir en conseil de diacres le porte-parole de toute la paroisse, des hommes comme des femmes. La meme dynamique s'observe au niveau de la fonction de diacre. La paroisse est divisee en 'amuira'a, ou groupes, rassemblant les paroissiens par origine fami- liale et territoriale : les 'amuira'a sont diriges par des diacres, qui, a leur niveau, sont aussi des hommes d'autorite et des hommes maries et ont capacite a repre- senter les paroissiens du 'amuira'a, les hommes comme les femmes, et a parler en leur nom grace a l'implication des femmes de diacres dans le comite des femmes du 'amuira'a et de la paroisse. La fa^on dont s'organise la paroisse, avec des moments comme le culte ou hommes et femmes se cotoient et des periodes ou les activites sont separees selon 42 - Archives de sciences sociales des religions les sexes, justifie la presence a sa tete de couples pastoraux et diaconaux : la structuration de la paroisse en deux cotes, qui ne peut fonctionner qu'avec un couple pastoral, est un cas typique de ce que Erving Goffman designe sous le terme de reflexivite institutionnelle. Partant de la question suivante « comment, dans une societe moderne, ces differences biologiques non pertinentes entre les sexes en viennent-elles a sembler d'une telle importante sociale ? Comment sans justification biologique, ces differences biologiques sont-elles elaborees socia- lement ? » (2002 : 89), Goffman definit la reflexivite institutionnelle comme un mode de representation des differences des sexes qui consiste a faire de l'orga- nisation institutionnelle « une consequence naturelle de la difference entre les classes sexuelles, alors qu'en fait c'est plutot un moyen d'honorer, sinon de produire, cette difference » (2002 : 79-82). Lorsque la femme devient pasteure, tout devient problematique, y compris sa vie conjugale et familiale. L'organisation paroissiale fonctionne comme une structure de memorisation du modele anterieur (un homme pasteur aide de son epouse) produisant des effets de dissonance institutionnelle (Singly et Chaland, 2002 : 151)Les jeunes femmes entrent a l'ecole pastorale celibataires et grace au baccalaureat, mais parce que la paroisse continue a reclamer des pasteurs maries, ces eleves pasteures sont invitees a se marier rapidement, sinon l'Eglise se chargera de leur trouver un mari. Elles considerent qu'elles n'ont pas besoin d'un mari pour etudier, bien au contraire. La vie conjugale et familiale de ces futures femmes pasteures est l'objet de toutes les discussions : lorsqu'elles sont presentees en paroisse, c'est d'abord comme celibataires, a la recherche d'un mari, et ensuite comme eleves pasteures. Mais lorsqu'elles sont mariees, la situation n'est pas plus enviable : une femme accedant au pastorat « pique » la place de son mari et, ce faisant, lui manque de respect, et parce qu'elle manque de respect a son mari, elle manquera de respect aux hommes de la paroisse, a leurs epouses et de proche en proche a l'ensemble de la paroisse. La question « comment une femme qui ne respecte pas son mari pourrait-elle respecter la paroisse ? » montre de quelle facon la cellule familiale et conjugale sert a disqualifier l'acces des femmes au pastorat. Lorsque l'homme est pasteur, l'autorite au sein de la famille sert de modele aux paroissiens, alors que la femme dans la meme fonction ne devrait pas se servir de son autorite au sein de la paroisse et du couple pour « rabaisser » son mari. Chez les eleves pasteures un compromis semble se dessiner progressivement: un mariage retarde au maximum et des exigences minimales concernant le futur mari a qui il est simplement demande d'accepter que son epouse devienne pas- teure. Comme elles retardent leur mariage, le futur mari n'aura pas de formation 13. Le terme de dissonance institutionnelle est emprunte a Francois de Singly et Karine Chaland qui, a partir d'une etude des femmes prefetes, mettent en evidence la gestion de l'inver- sion des positions habituelles qui passe par une moindre participation du conjoint aux ceremonies et autres receptions sources de dissonance institutionnelle. L'acces des femmes au pastorat - 43 theologique lui permettant de participer legitimement aux activites paroissiales et d'aider son epouse dans l'exercice du ministere pastoral. La situation du mari de la pasteure concentre done toutes les interrogations et beaucoup de paroissiens refusent l'accession des femmes au ministere pastoral au motif qu'ils ne sauraient pas comment accueillir son mari, ni quelles seraient ses responsabilit.es dans la paroisse. La question la plus frequente est: qui va s'occuper des femmes de la paroisse, la femme pasteure en tant que femme ou son mari en tant que conjoint ? L'accession des femmes au pastorat est l'occasion de mettre en lumiere des comprehensions differentes selon les sexes : alors que les hommes pasteurs interroges n'imaginent pas que le pasteur, homme ou femme, puisse un jour etre celibataire et rappellent que le conjoint (e'est-a-dire leur conjointe) est une aide, « la meilleure des confidentes », les femmes de pasteurs sont quelques-unes a avoir une vision beaucoup moins enchant.ee des relations maritales et n'hesitent pas a souhaiter qu'un jour la femme pasteure puisse rester celibataire pour etre libre de ses faits et gestes. De meme que les hommes pasteurs n'envisagent pas qu'un epoux de pasteure puisse un jour presider le comite des femmes, les epouses de pasteurs sont beaucoup plus nombreuses a penser qu'un mari qui a suivi des etudes de theologie pourrait participer en tant qu'« enseignant » aux activites des femmes. Dans le premier cas, le point de vue des hommes pasteurs, les reflexions bibliques des femmes sont vues comme un simple lieu de sociabilite, dans le second cas, le point de vue des femmes de pasteurs, les reflexions bibliques sont d'abord un lieu d'enseignement. Le meme mecanisme de dissonance institutionnelle est egalement observable chez les femmes diacres. Si l'Eglise accepte que des femmes puissent etre installees diacres depuis une cinquantaine d'annees, ce n'est qu'au cours des annees 1990 que la situation des femmes diacres a cesse d'etre exceptionnelle. Parmi les trente- trois femmes diacres rencontrees, la plupart d'entre elles sont devenues diacres assez tardivement, en moyenne a l'age de 40 ans (contre 37 ans pour les hommes)14. Elles n'ont, le plus souvent, jamais quitte la paroisse, en effectuant la confirma- tion du bapteme des l'adolescence (sans attendre de se marier) et en devenant tres vite monitrices ou aide-monitrices de l'ecole du dimanche des qu'elles n'avaient plus l'age de rester a l'ecole du dimanche en tant qu'eleves. La confirmation du bapteme, contre l'avis des parents - attaches a une comprehension traditionnelle de la confirmation comme preuve de sagesse et de maturite sociale - est presentee comme le premier acte d'emancipation de la tutelle parentale. A l'inverse, pen- dant leur adolescence, les hommes ont tendance a s'absenter pour une periode plus ou moins longue des activites paroissiales et ne recommencent a s'y impli- quer que lorsqu'ils deviennent officiellement diacres. Dans le premier cas, le titre de diacre intervient comme une reconnaissance du travail deja accompli, en 14. L'estimation chez les hommes diacres est fondee sur les resultats d'un questionnaire distribue entre janvier et aout 2002 dans les paroisses de Tahiti et des ties Australes (trente reponses valides). 44 - Archives de sciences sociales des religions d'autres termes c'est parce que les femmes ont deja fait leur preuve qu'elles sont acceptees au sein de la paroisse. Dans le second cas, c'est le titre qui autorise et oblige le diacre nouvellement installe a s'impliquer dans les activites paroissiales : a la difference des femmes, les hommes « heritent » le plus souvent d'une charge diaconale qui, dans le meme temps, leur laisse peu de marge de manoeuvre, le diacre retraite restant a leur cote pour leur apprendre le travail de diacre et les surveiller. Parmi les trente-trois femmes diacres rencontrees, dans trois cas sur quatre, les femmes deviennent diacres parce que leur mari n'a pas pu acceder au diaconat, generalement parce qu'il n'est pas lui-meme polynesien et/ou protestant prati- quant. La situation la plus frequente est celle d'une femme polynesienne mariee a un homme demi (c'est-a-dire metis) ou d'origine chinoise : les paroissiens pre- ferent etre diriges par une femme polynesienne que par quelqu'un considere comme etranger, les relations paroissiales etant pensees sur le modele des rela- tions familiales et parentales. C'est cette pratique moindre ou inexistante du conjoint qui explique l'accession des femmes au ministere diaconal mais c'est precisement cette absence de pratique religieuse qui, par la suite, peut entraver la femme diacre dans l'exercice de son ministere. Alors que la paroisse exige traditionnellement des deux conjoints les memes exemplarite comportementale et rigueur morale, la femme diacre fait l'experience, parfois douloureuse, de devoir repondre de ses actes, mais aussi de son mari, si celui-ci n'a pas un comportement religieux irreprochable. Leontine, diacre de la paroisse de Tevaitoa (Raiatea) reconnait qu'au debut, son mari demi ne venait jamais au culte : « II aimait bien aller avec les jeunes, voir les combats de coqs. Quand je faisais des sermons, mon mari, je le voyais passer devant pour aller au combat de coqs, alors j'etais critiquee, elle nous fait le sermon et son mari ne va pas au purera'a ! [culte]. » 15 Mais le celibat des diacres reste largement impensable et dans les rares cas ou des femmes celibataires deviennent diacres, il leur est reproche de vouloir commander les paroissiens alors qu'elles n'ont pas l'experience des relations conjugales et parentales. Virginie a 44 ans, elle est diacre de la paroisse de Mahina (Tahiti) et celibataire : « Quand on m'avait dit, il faut que tu te maries avant d'etre diacre, c'est les femmes qui m'ont dit, j'ai regarde vers Jesus et j'ai dit, "et lui alors ? il n'est pas marie !" "Oui, mais lui c'est pas pareil..." Je crois c'est la premiere fois dans l'Evangile, une femme celibataire. Dans le 'amuira'a, ils me disent, "tu n'as pas de mari, tu n'as pas d'enfants et tu viens nous commander ?" Je reponds, "c'est vrai, mais je suis respon- sable de vous et quand on est diacre, on est parent de ce 'amuira'a", ils disent "c'est pas normal", oh laisse tomber... »16 La vie familiale et conjugale de la femme diacre ou pasteure n'est plus le reflet d'une vie exemplaire qui sert a la fois de modele pour les paroissiens et de 15. Leontine, institutrice retraitee, a 61 ans au moment de l'entretien en juin 2001. 16. Entretien de juillet 2001. L'acces des femmes au pastorat - 45 condition d'acces a des responsabilit.es au sein de la paroisse. La legitimite par les diplomes, dans le cas des femmes pasteures et par le travail, dans le cas des femmes diacres, apparait a posteriori comme une fa^on de compenser ce defaut de credibilite du a une situation conjugale inhabituelle. La feminisation du corps pastoral et diaconal intervient dans un contexte colonial en forte mutation, les revendications d'egal acces des femmes a des fonctions de representation et de decision detenues jusque-la par des hommes sont vite releguees a des questions secondaires voire profondement contraires a l'identite et l'authenticite polynesiennes : la liberation du peuple ma'ohi pour laquelle l'Eglise protestante est fortement engagee ne saurait admettre d'autres formes de revendications en interne. La feminisation du ministere pastoral parti- cipe a l'emergence d'un nouveau type de legitimite, acquise par les diplomes, contribuant a faire du pasteur un theologien plutot qu'un agriculteur. Mais dans le meme temps tout se passe comme si les femmes participaient a l'emergence d'un nouveau type de legitimite auquel elles n'auront jamais pleinement acces, dynamique illustree notamment par les modalit.es de fonctionnement et la pro- duction theologique de la commission d'animation theologique qui regroupe des pasteurs exer^ant en paroisse et prone le retour a la terre et a la langue ma'ohi comme seule voie de salut. L'institutionnalisation des activit.es des femmes au sein des paroisses s'est traduite par une democratisation de l'acces a la parole : plus besoin d'etre consacre pasteur ou installe diacre pour prendre la parole dans le temple. Une des consequences de cette institutionnalisation a ete la revendication, sous l'im- pulsion des epouses de pasteurs impliquees dans le mouvement oecumenique, de l'accession des femmes au pastorat. Mais lorsque les femmes deviennent pas- teures, le modele de reference qui continue a vouloir fonctionner est celui d'un homme marie, en d'autres termes la democratisation de l'acces au savoir et a la predication ne s'est pas accompagnee d'une redefinition des criteres servant a definir ce qu'est un « bon pasteur ». Gwendoline MALOGNE-FER Groupe Societes, religions, laicites Bibliographic Davies John, The History of the Tahitian Mission, 1799-1830, C. W. Newbury, ed., Cam- bridge University Press, 1961. Dubeid Pierre-Luigi, Le pasteur: un interprete, Geneve, Labor et Fides, 1990. 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L'acces des femmes au pastorat - 47 Annexe Reperes chronologiques sur l'Eglise evangelique de la Polynesie franchise 1797 : Arrivee des premiers missionnaires protestants de la London Missionary Society le 5 mars 1797 a Tahiti. 1863 : Arrivee du premier missionnaire frangais a Tahiti, Thomas Arbousset. 1963 : L'Eglise accede a l'autonomie c'est-a-dire qu'elle n'est plus dirigee par des mission- naires frangais mais par des pasteurs polynesiens. 1966 : Creation du Pacific Theological College a Fidji destine a accueillir les futurs pasteurs originaires des eglises du Pacifique. 1977 : Les epouses de pasteurs sont autorisees a suivre les memes cours que leurs maris a l'ecole pastorale de Hermon (Papeete). 1989 : Publication du premier livre de la commission d'animation theologique edite par l'Eglise evangelique de Polynesie franchise intitule : Te rautira'a i te parau a te Atua e te iho tumu ma'obi ou L'animation de la parole de Dieu et la nature originelle ma'obi. 1995 : Decision synodale autorisant les femmes a devenir pasteures. 2004 : L'Eglise evangelique de Polynesie franchise est rebaptisee Eglise protestante ma'obi au cours du synode d'aout 2004. Resume Le fil conducteur de cette etude est d'interroger, a partir du terrain protestant polyne- sien, la transformation de Vinstitution ecclesiale en lien avec la transformation des relations entre les bommes et les femmes en paroisse. L'institutionnalisation des acti- vites des femmes initiee par les epouses de pasteurs depuis les annees 1980 et 1'acces- sion des femmes au ministere pastoral en 1995 correspondent a deux dynamiques - parfois concurrentes - de participation accrue des femmes au sein de l'Eglise evan- gelique de Polynesie francaise. Avant que les femmes aient pu devenir diacres ou pasteurs, l'Eglise a ete un lieu de sociabilite apprecie par les femmes qui ont su organiser des lieux et des moments exclusivement feminins. L'acces des femmes au pastorat illustre une professionnalisation des ministeres pasto- raux qui signifie I'accent mis sur la formation theologique des eleves pasteurs, la creation de ministeres specialises non paroissiaux et enfin la separation entre vie privee et vie professionnelle. Mais alors que les relations en paroisse sont pensees sur le mode des relations parentales (le pasteur est un parent qui doit aider les paroissiens a grandir spirituellement), la mobilisation de la sphere privee, c'est-a-dire la constitu- tion de la famille du pasteur en modele, s'opere differemment selon le sexe du pasteur. Mots-cles : femmes, pastorat, protestantisme, Polynesie francaise. 48 - Archives de sciences sociales des religions Abstract The main theme of this study consists in questioning, from the Polynesian Protestant field, the connection between the transformation of the church institution and the transformation of men-women relations in parish. The institutionalization of women's activities initiated during the 1980's by pastor's wives and the acceptance of woman pastorate in 1995 show two distinct - and sometimes conflicting - processes increasing the participation of women in the church life. Before women became deacons or pastors, the church has been a place of socialization appreciated by women who have organized places and times for women only. The accession of women to pastoral ministry goes with a professionalization of minis- tries characterized by a priority given to the theological training of the future pastors, the creation of specialized non-parish ministries and the separation between private life and professional life. But while the relations within the parish are considered in terms of parental relations (the pastor is a parent who should facilitate the spiritual growth of his parishioners), the mobilization of the private life, i.e. the use of the pastor's family as an example, does not work for a woman pastor as it does for a man pastor. Keys words: women, pastorate, protestantism, Polynesia. Resumed El hilo conductor de este estudio es, a partir del terreno protestante polinesio, la tranformacion de la institution eclesial, vinculada con la transformation de las rela- ciones entre hombres y mujeres en la parroquia. La institutionalization de las activi- dades de las mujeres, iniciada por las esposas de los pastores desde los anos 80 y el acceso de las mujeres al ministerio pastoral en 1995, corresponden a 2 dinamicas - a veces contrarias - de mayor participation de las mujeres en el seno de la Iglesia Evangelica de Polinesia Francesa. La Iglesia, antes de que las mujeres hayan podido llegar a ser diaconos o pastores, fue un lugar de sociabilidad apreciado por las mujeres. El hecho de que las mujeres llegan a ser pastores ilustra la profesionalizacion de los ministerios pastorales es decir que han hecho hincapie en la formation teologica de los alumnos pastores, la creation de ministerios especializados non-parroquiales y por fin, la separation entre vida privada y vida profesional. Pero mientras que las relaciones en parroquia estan pensadas sobre el modo de las relaciones de parientes (el pastor es como un padre que ayuda a sus feligreces a elevarse espiritualmente) la movilizacibn de la esfera privada, es decir la constitution de la familia del pastor en un modelo, se opera diferentemente segun el sexo del pastor. Palabra clave : mujeres, ministerio de pastores, protestantismo, Polinesia Francesa.
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